Newsletter n° 13 : Blue Days, et le canal revit
Ouverture du canal en 2010 !
Deux agents assurent les manœuvres et veillent à la sécurité au
pont-levant de Daubenton à Roubaix. Le canal compte
en tout 11 ponts mobiles sur les 28 km. ©LMCU
La liaison Deûle-Escaut a désormais son gestionnaire. Côté français, c’est Lille Métropole Communauté urbaine qui a décidé à titre expérimental de prendre la compétence «cours d’eau et canaux domaniaux» sur la Marque canalisée et le canal de Roubaix, ouvrant la voie à l’exploitation du canal au cours de la saison 2010. Côté belge, le gestionnaire reste le même : le Service Public de Wallonie (ancien MET).
L’attente mesurée mais optimiste de cette décision était palpable pendant les deux journées du colloque de clôture de Blue Links au Centre du Fresnoy à Tourcoing (voir plus loin). Les plaisanciers – premiers concernés – ont exprimé leur désir de voir le canal en exploitation régulière, pour profiter d’un réseau transfrontalier densifié et de nouvelles possibilités de croisière.
La décision a été prise lors du conseil de communauté du 2 octobre, à peine deux semaines après les festivités Blue Days marquant la fin des travaux de remise en navigation du canal. Les élus ont débattu de la valorisation de la voie d’eau sur la métropole, et ont retenu le canal comme première étape du plan bleu métropolitain.
Dans ce cadre, l’exploitation du canal du lundi 14 au jeudi 24 septembre, permettant à 30 bateaux de rejoindre le site du rassemblement à l’Union, avait valeur de test en grandeur nature pour les équipes de LMCU, du Département du Nord et de Voies navigables de France.
L’expérimentation sera menée avec les services de l’État. LMCU va ainsi gérer le Canal de Roubaix réhabilité pendant trois ans. Il reste à formaliser les accords, mais l’objectif est bien de permettre l’ouverture du canal à la navigation de plaisance dans le courant de l’année 2010.
Un canal vivant
L’Axolotl s’approche doucement de son escale de la Maison du Canal à
Leers-Nord en Belgique, terminus pour la durée de l’événement. ©TCF
L’histoire retiendra que le premier bateau a avoir emprunté la Marque, le canal de Roubaix et le canal de l’Espierres après 25 ans de fermeture était… un sous-marin ! Dès le lundi 14 septembre, le Colporteur, péniche transportant le sous-marin Axolotl, faisait son entrée dans ce canal. Ironie ou comble de l’histoire, l’Axolotl est un amphibien ayant pour particularité de régénérer les parties endommagées de son organisme. Tout un symbole pour ce canal réhabilité !
Vincent Dujardin, fondateur de l’association Transport Culturel Fluvial, dresse le bilan de l’opération : «Tout d’abord, on a réussi le défi technique de faire passer le gabarit maximum sur le canal ! Les équipes VNF ont été très présentes tout au long de notre progression. Ensuite, les gens sont unanimes: le retour des bateaux a créé une émotion très forte chez certaines personnes et il y a un plaisir évident de voir vivre ce canal. Du point de vue de l’usager enfin, l’ensemble du tracé offre une qualité environnementale exceptionnelle et comporte un intérêt touristique évident. Les aménagements nautiques et équipements d’amarrage sont bien faits.»
Des plaisanciers ravis
L’Axolotl n’était pas seul. En véritables pionniers, 30 plaisanciers ont répondu à l’appel des Blue Days et ont navigué en avant-première sur cette nouvelle liaison fluviale. Et si le soleil était incontestablement au rendez-vous, la joie et l’émotion aussi. Didier Lestiennes, capitaine du Mon Désir, a réalisé son rêve d’enfant de naviguer un jour sur ce canal ; Paul Vermaut, capitaine du D’n Bruinen, a refait l’histoire et réalisé, 89 ans après, une photo à l’identique de son moulier dans le bief du Sartel. Marc, Willy, Joseph, Flo, Michael, Andy et les autres… ils sont nombreux a avoir apprécié l’accueil que les communes leur ont réservé et les quais à l’heure de l’apéro !
L’Union, un record de fréquentation
Les passagers du paquebot fluvial Princess et Dave Ballinger, le
président canadien de Inland Waterways International, ont
assisté au spectacle aquatique, inoubliable.
Tout au long du week-end à l’Union, le quai de Calais n’a pas désempli. On estime la fréquentation à près de 20 000 personnes sur les deux journées. Il y avait les anciens, émus, qui se souvenaient ; il y avait les plus jeunes, curieux, qui n’avaient qu’une idée en tête : faire un tour en bateau. La Décidée a ainsi enregistré 420 passagers sur le week-end. La grande majorité des visiteurs, heureux, profitaient simplement des terrasses et des transats au soleil, écoutaient la musique, parlaient avec les plaisanciers, visitaient le village écologique et le marché bio organisés par le Collectif de l’Union, s’informaient sur les stands. Le soir, le spectacle aquatique a attiré des milliers de curieux, saisis par le jeu fascinant des images projetées sur un écran de gouttes d’eau, les jets d’eau au rythme des «tubes» de la musique classique, les lasers et... le bouquet final de feux d’artifice.
Les «mouliers» de l’Escaut refont l’histoire
Parmi les 30 bateaux regroupés à l’Union samedi 19 septembre, deux «mouliers» magnifiquement restaurés par l’association gantoise Tolerant ont suscité admiration et curiosité. Centenaires tous les deux, ils faisaient partie des nombreux bateaux de pêche à fond plat qui fréquentaient l’Escaut maritime aux 19e siècle et début 20e. Après le déclin de la pêche en Escaut, ils étaient utilisés dans la culture des huîtres et des moules en Escaut oriental. Sur la photo de gauche prise dans les années 20, on voit l’un de ces bateaux devant le café «à la Descente des Mariniers», au pont de Wattrelos à Roubaix. Ces bateaux venaient vendre des moules à Roubaix ! Tolerant a réussi à prendre la même photo pendant l’événement Blue Days. On peut regretter la disparition du café des mariniers, mais pendant toute la période d’abandon du canal, l’As de Cœur a continué vaillamment à assurer la même fonction d’animation et de lien social, de l’autre côté du pont.
Les Satcheux à court de frites !!
En Belgique, la fête des Satcheux a battu elle aussi des records de fréquentation. Christine Dubus, responsable de l’animation à Estaimpuis, avance le chiffre de 6000 personnes sur le week-end : «Le sous-marin a enregistré 840 visites sur le seul dimanche. Le concours de petits radeaux a donné lieu à la mise à l’eau de 48 radeaux (contre 18 l’année dernière) et la balade aux allumoirs n’a jamais réuni autant de personnes (230), au point qu’il n’y a pas eu assez de bonbons pour tout le monde !». Enfin, d’autres chiffres viennent confirmer ce succès : 560 kg de frites, 250 kg de moules et 1140 bouteilles de Satcheux sur le week-end, sans compter les autres boissons et sandwichs. C’est dire !
Marcq-en-Barœul avait organisé le vendredi 18 un pique-nique pour les scolaires sur la pelouse en bord de Marque devant la Corderie ; 105 enfants ont ainsi salué l’arrivée et le passage des bateaux. La Saint-Vincent d’automne n’a pas failli à sa réputation et a réuni environ 6000 personnes le dimanche. L’Armentières 2000 a transporté 300 passagers sur le week-end.
Les canaux - un atout pour le développement urbain
Le colloque Blue Links sur la voie d’eau et le renouvellement urbain a rassemblé une centaine d’intervenants et de délégués de neuf pays sur trois continents, la preuve que le thème est d’actualité sur le plan international!
Marquant l’achèvement du projet Interreg IIIB – aussi bien les travaux sur le canal lui-même que les échanges dans le cadre du groupe d’experts – le colloque s’est tenu du vendredi 18 au samedi 19 septembre pour coïncider avec les festivités Blue Days.
Chaque séance a commencé par une table ronde rassemblant les partenaires de Blue Links, avant de s’ouvrir à d’autres projets, d’autres maîtres d’ouvrage ou défenseurs de projets de requalification des canaux comme outils de valorisation urbaine.
Les partenaires : bilan et perspectives
Les partenaires ont exprimé leur satisfaction de voir aboutir un projet complexe, qui a comporté de nombreux obstacles techniques, sociaux, environnementaux et juridiques. Bien que certains restent à lever, les présentations et les échanges ont laissé une large place au devenir de la liaison Deûle-Escaut. Suite à l’abandon du projet d’importation en France des sédiments belges – les dragages du Canal de l’Espierres restant à effectuer – les collectivités territoriales françaises ont déclaré vouloir aider le partenaire belge à financer le projet alternatif, qui fera déposer ces sédiments sur un site belge éloigné, après un traitement très coûteux. Dans le même esprit de solidarité entre acteurs du réseau, René Vandierendonck, vice-président du Conseil Régional, a lancé un appel à l’État, à l’Europe et à tous les acteurs régionaux en faveur du chantier de réhabilitation du pont-canal de Vadencourt sur le Canal de la Sambre à l’Oise. Il est évident, en effet, que le canal Deûle-Escaut ne tiendra ses promesses que si tout le réseau fluvial transfrontalier est entretenu et équipé. Le préfet de la région Nord-Pas de Calais a évoqué la cohérence du projet avec l’un des axes du Grenelle de l’environnement : restaurer la nature en ville. Les films tournés sur le canal pendant les Blue Days, et les avis des plaisanciers, attestent largement de cette qualité essentielle du Canal de Roubaix et de la Marque canalisée.
Exemples d’ailleurs : de nouvelles pistes, et une tendance globale qui conforte les acteurs régionaux
Le pont-canal qui enjambe la rivière Genesee, à
Rochester, NY, pourrait être remis en eau après
suppression de la voirie qui «squatte» l’ouvrage depuis 60 ans.
Les exemples présentés aux délégués recouvrent des contextes très différents, mais avec un message commun qui en prenait d’autant plus de force : les cours d’eau et les plans d’eau s’imposent désormais dans les grandes agglomérations comme un élément essentiel du cadre de vie. Et lorsqu’ils véhiculent des pans de l’histoire des territoires comme c’est le cas des canaux patrimoniaux, le mouvement qui tend à les faire renaître devient irrésistible!
C’est ce qu’a montré Thomas Grasso de Rochester, NY (États-Unis), avec le projet de remise en eau du Canal de l’Érié en plein centre ville, à la place d’une voirie importante. Une première phase – la remise en eau du pont-canal sur le Genesee – a été intégrée cette année dans le plan de développement urbain (Master Plan) de la ville.
Rachel Stewart a présenté une reconquête de moindre envergure, mais très réussie, dans la ville de Williamsport, sur le canal Chesapeake & Ohio près de Washington, DC.
Richard Miller, directeur commercial de British Waterways (Écosse) a présenté les projets remarquables réalisés sur et autour des canaux qui traversent la ville de Glasgow, et Nico van Lamsweerde a montré de nombreux exemples de valorisation des canaux patrimoniaux dans les villes de toutes les provinces des Pays-Bas.
Croisement de deux canaux projetés au cœur de la ville
nouvelle de Cheongna en cours de construction
au nord d’Incheon, pour 90 000 habitants.
Le Professeur Gye Woon Choi, de l’Université d’Incheon, Corée, a montré combien les rivières et les canaux sont devenus un axe essentiel du développement du territoire sur les quatre grands bassins du pays, et cela pour toutes les fonctions de la voie d’eau, depuis le transport de marchandises dans les chaînes logistiques modernes et écologiques jusqu’à l’aménagement des berges des rivières comme espaces de biodiversité et de détente des citoyens. D’où le canal à grand gabarit (pour navires fluvio-maritimes de 250 conteneurs) en construction sur 18 km entre Séoul et la Mer Jaune à Incheon. La ville nouvelle de Cheongna comportera elle aussi un réseau de canaux écologiques et navigables.
Le colloque a bouclé la boucle en revenant à Lille. Le maire-adjoint Stanislas Dendievel, conseiller municipal délégué au suivi des projets urbains de la Ville de Lille, a présenté les «trois bras» de la vieille Deûle comme autant de projets de reconquête et de valorisation du patrimoine fluvial de la ville, si longtemps négligé. Le bras de Canteleu avec le bassin des Bois Blancs, l’ancien canal entre la Citadelle et le Vieux Lille et la Vieille Deûle qui remonte l’avenue du Peuple Belge constituent les déclinaisons sur le territoire de Lille du Plan Bleu de Lille Métropole. Ce dernier projet est le plus ambitieux, puisqu’il s’agit de recreuser une partie du bras remblayé dans les années 60.
Simulation de la Vieille Deûle remise
en eau, avenue du Peuple Belge à Lille
Nul doute que tous les projets présentés et débattus au cours de ces deux séances se renforcent par l’appartenance à un réseau mondial de porteurs de projets, favorisé par Blue Links.
Une synthèse des travaux du colloque est disponible en téléchargement.
Intervenants au cours des deux journées
Partenaires
– Jean-Michel BÉRARD, Préfet de Région Nord - Pas de Calais
– Henri BROUET, Inspecteur général au Service Public de Wallonie (SPW)
– Jean-Pierre DEFRESNE, Directeur régional des Voies navigables de France (VNF)
– Bernard DESPIERRE, Maire-adjoint de la ville de Tourcoing
– Bernard GÉRARD, Député-Maire de Marcq-en-Barœul
– Cédric GHESQUIÈRES, Département du Nord
– Martial GRANMOUGIN, Agence de l’Eau Artois-Picardie
– Yvon LOYAERTS, Directeur Régional de la mobilité et des Voies hydrauliques (SPW)
– Daniel SENESAEL, Député-Bourgmestre d’Estaimpuis
– Slimane TIR, Vice-président de Lille Métropole Communauté urbaine en charge de l’ENLM
– René VANDIERENDONCK, Maire de Roubaix, Vice-président du Conseil Régional en charge de l’aménagement du territoire
Intervenants extérieurs
– Prof Gye Woon CHOI, Université d’Incheon, Corée
– Sophie DELPIERRE, Secrétariat technique Interreg IV
– Stanislas DENDIEVEL, Conseiller municipal délégué au suivi des projets urbains de la Ville de Lille
– Thomas X. GRASSO, Président, colloque international des canaux, Rochester (NY), 2010
– Marie-Laure KRESEC, Directrice adjointe Europe, Initialité Ingénierie & Territoire
– Nicolaas VAN LAMSWEERDE, Directeur, Fondation des canaux néerlandais à vocation récréative
– Richard MILLAR, Directeur du Développement, British Waterways (Écosse)
– Rachel STEWART, Présidente, association du Canal Chesapeake & Ohio
Animateur
– David EDWARDS-MAY, Euromapping
